Le site de la Fédération des Associations Franco-chinoises

Actualités

Diplomatie : les grands dossiers n°62 (juin-juillet 2021)

L’excellente revue Diplomatie consacre une nouvelle fois un numéro complet à la géopolitique, la géoéconomie et la géostratégie de la Chine, en partenariat avec l’Institut français des relations internationales, l’un des rarissimes think-tanks à produire plus d’information que d’opinion… « Une meilleure connaissance de la Chine, de la réalité de sa puissance et de l’étende de ses faiblesses, demeure indispensable » écrit son rédacteur en chef : on ne saurait mieux dire.

Responsable des activités « Chine » à l’IFRI, Marc Julienne s’interroge sur la direction prise à l’heure du centenaire du PCC  – retour à l’idéologie, priorité au sécuritaire, regard révisé sur l’histoire, dérive néo-totalitaire – par un pays à la puissance et aux vulnérabilités jugées « préoccupantes ». Le contrôle de la population, dont il est en Occident souvent fait grand cas, est ici ramené des fantasmes aux réalités : la surveillance y est plus le fait des entreprises privées que de l’Etat, le crédit social plus administratif que technologique – et l’on peut s’interroger sur leur efficacité réelle -.  Si les trolls chinois ne sont pas une légende, le Parti communiste n’a ni la volonté ni les moyens de faire main basse sur les médias sociaux, dans le cadre d’une entente tacite autorités-population.

Ses deux chiffres lors des précédentes décennies ont arraché à la misère plus de 700 millions de personnes : la croissance économique chinoise, qui n’a que peu faiblie en 2020, est désormais fondée sur la demande domestique et l’autosuffisance technologique, mais suffira-t-elle à rendre le pays riche avant que d’être vieux, alors que la démographie est désormais son problème majeur ?  Un autre est la transition énergétique – impossible d’affronter sans la Chine le changement climatique -, vaste opportunité industrielle pour cette dernière, mais paradoxale : pionnière du véhicule électrique, de l’éolien, qui a installé trois fois plus de capacités solaires que l’Union Européenne… elle finance 70% des centrales à charbon dans le reste du monde. Ses villes intelligentes préfigurent, pour le meilleur et le pire, le monde numérisé de demain. Un nouveau code civil a vu le jour en 2021 et par milliers sont formés des juristes à la conception pragmatique et utilitaire du droit : le pays se veut par ailleurs puissance normative, qui investit les organismes mondiaux émetteurs de réglementations. La République populaire a ses talons d’Achille, dont une dépendance aux technologies de base, « problème caché le plus grave de la Chine », selon le Président Xi Jinping, dans la compétition pour la première place dans la course mondiale à l’innovation.

LA CHINE FACE AU MONDE

Malgré un soft power riche d’investissements dans médias et cinéma, sur la scène internationale, la portée et l’influence de son discours ne sont pas, estime-t-elle, à la mesure de son nouveau statut de puissance : les diplomates « loups guerriers » remporteront-ils la bataille des récits ? La fin du « doux commerce » est consommée avec des Etats-Unis en quête désespérée d’un adversaire à leur taille, afin de légitimer de colossaux budgets militaires et qui poussent les autres nations à s’interroger sur leur relation avec la Chine.

Dans le cadre de sa stratégie Indopacifique, Joe Biden bat le rappel de ses alliés pour une croisade  – que le Président Macron juge « contre-productive » – à l’encontre d’une Chine qui désormais déprise volontiers un Occident « ne représentant plus que 11% de la population du monde ». L’Asie du Sud-Est est le  terrain privilégié de la confrontation entre les Etats-Unis et cette Chine perçue de façon ambivalente, cherchant, dans le cadre de la Belt & Road Initiative 2.0, à arrimer la région à sa dynamique.

L’Europe centrale et orientale manifeste une déception face aux attentes placées dans la RPC, tandis qu’avec l’Union Européenne, les contentieux sont multiples et croissants, ce dont témoigne la suspension de l’Accord général sur les investissements Europe-Chine. Les hommes politiques du vieux continent, en manque de vision, ont une difficulté croissante à trouver un équilibre entre intérêts et valeurs face aux pressions des médias, universitaires et autres ONG qui, tout dépourvus soient-ils de légitimité démocratique, entendent faire prévaloir leurs agendas…

En Afrique, la Chine développe une diplomatie économique offensive et directe et une relation de plus en plus financiarisée, alors que se diversifient domaines et niveaux de coopération. A l’endroit des conflits du Moyen-Orient, elle fait preuve d’un pragmatisme au service de ses intérêts, sécuritaires et économiques, de l’Afghanistan dont l’inquiète l’instabilité à la Syrie où elle semble la seule puissance capable de s’investir dans la reconstruction du pays. Les djihadistes ouïgours (5.000 selon les services de renseignement israéliens, de 10 à 20.000, familles comprises, selon d’autres sources) ne font pas mystère de leur désir de retour au Xinjiang cibler les Han. Ils demeurent pour l’instant sous protection d‘Al-Quaeda dans la région d’Idlib, cité dont le Parti islamique du Turkestan a activement participé à la conquête.

Loin de là, avec les nations d’Océanie, la lune de miel est finissante : procédure de divorce entamée avec l’Australie tandis que perdure un mariage de raison avec la Nouvelle-Zélande et qu’une relation extraconjugale est entretenue avec les îles du Pacifique…

Bien pourvue budgétairement, la défense nationale est engagée dans une modernisation capacitaire, doctrinaire et institutionnelle, visant à disposer à l’horizon 2049 de l’une des meilleures armées au monde, capable de vaincre à l’heure de l’information. Dans le cadre d’une considérable intégration civilo-militaire, elle fait feu de tout bois : intelligence artificielle, calcul quantique, méga données, informatique en nuage, internet des objets… La façade maritime lui est désormais essentielle – la marine a triplé de taille en deux décennies, bientôt un troisième porte-avions tandis qu’une puissante milice maritime s’emploie aux opérations hybrides -,  et Taiwan demeure priorité politique et militaire. La pensée stratégique est très vivante, qui n’ignore rien des combats dans le domaine cognitif et théorise guerre de l’opinion publique, guerre psychologique et guerre juridique.

Comme à l’accoutumée, le dossier de Diplomatie est aussi riche que bien conçu. La revue gagnerait à conserver la recette qui fait son succès, écorné dans cette livraison par les articles consacrés à Xinjiang, Tibet, Taiwan et Hongkong, dus à des militants chercheurs, qui en rien ne se distinguent des sermons médiatiques ordinaires…

La Chine à travers les livres : avril 2021

 

Diplomate singapourien d’ascendance indienne – il fut une décennie durant ambassadeur de son pays aux Nations Unies, Kishore Mahbubani est aussi un chercheur dont le temps a validé nombre des précédentes analyses géopolitiques, fort peu conventionnelles vues d’Occident.  Les Etats-Unis, qu’il connaît si bien, se sont, dit-il, lancés dans une confrontation majeure avec la Chine dépourvus d’une stratégie globale à long terme et pourvus d’une compréhension limitée de la nature de la menace pesant sur leur suprématie. Il aurait fallu se poser à cet égard les bonnes questions (il en détaille dix) et penser l’impensable d’un contexte aux antipodes de celui de la guerre froide.

Chacun des protagonistes a commis une grave erreur stratégique. Atteinte d’hubris après 2008 et ayant troqué l’humilité de Deng Xiaoping pour une arrogance inédite, la Chine, s’est aliénée plusieurs secteurs de la société américaine, notamment les milieux d’affaires, sans réfléchir aux conséquences. Alors que la (victorieuse) confrontation avec l’Union Soviétique avait été soigneusement théorisée, des Etats-Unis vivant au-dessus de leurs moyens, se pensant intrinsèquement vertueux et du bon côté de l’histoire, n’ont opéré aucun ajustement stratégique face à un compétiteur qui n’a rien à voir avec feu l’URSS… Washington est en concurrence non avec un archaïque parti communiste, mais avec l’une des plus anciennes et vigoureuses cultures du monde.

Dans l’univers anglo-saxon, meilleurs journaux et meilleurs services de renseignement – les Five Eyes (alliance des services de renseignements de l’Australie, du Canada, de la Nouvelle-Zélande, du Royaume-Uni et des Etats-Unis) – dépeignent une Chine expansionniste, militariste, mantra essentiel du politiquement correct… tandis que les dirigeants savent que seule une déclaration formelle d’indépendance de Taïwan serait belligène et que la confrontation entre puissance dominante et puissance émergente ne pourra se régler militairement.  Dirigée par une antithèse de Donald Trump, une République populaire hantée par le chaos et d’où l’oppression n’est pas absente, est une puissance de statu quo, au gouvernement (si l’on en croit les enquêtes américaines) fort de la confiance de 84% des citoyens (33% aux USA et en France), qui ne considèrent plus au 21e siècle que leur salut réside dans l’imitation de l’Occident. Mais le postulat de la vertu fonde l’idée que l’Oncle Sam se fait de lui-même et de son rôle dans le monde, bien qu’il s’agisse du seul grand pays développé où le revenu moyen de la moitié la plus pauvre de la population ait stagné de 1980 à 2010.

La guerre sino-américaine nuit à tous les autres pays : contrainte ou corruption ne pourront les obliger à choisir un camp ou l’autre. La meilleure façon de favoriser l’émergence d’une société plus ouverte en Chine consiste non à lui faire la leçon… mais à encourager les Chinois à visiter le Japon et les décourager de voir la démocratie indienne (qui par ailleurs jamais ne deviendra un allié docile contre la Chine).

Un affrontement géopolitique majeur entre Etats-Unis et Chine écrit K. Mahbubani « est inévitable et évitable ». En mal de bouc émissaire, ayant « une attitude mais pas de politique » si l’on en croit le Wall Street Journal, les stratèges américains commettent l’erreur de croire que le communisme chinois menace leur démocratie, alors que c’est en fait le succès et la compétitivité de l’économie et de la société. La raison indique qu’il n’est pas de contradiction fondamentale entre les vrais intérêts nationaux des deux pays, sinon dans le domaine des valeurs, notamment politiques. Les Chinois pensent eux que besoins sociaux et harmonie collective sont plus importants que besoins et droits individuels, et que la prévention du chaos et du désordre est l’objectif premier d’un gouvernement. Leur pays ne deviendra pas une réplique politique ou sociale d’une quelconque société occidentale, libérale et démocratique.

Si l’affrontement entre les deux oppose une démocratie saine et souple à un système communiste rigide et intraitable, les Etats-Unis l’emporteront ; à l’inverse, s’il met en présence une ploutocratie rigide et intraitable et un système méritocratique sain et souple, la Chine gagnera. Les hommes, raconte K. Mahbubani, regardaient avec pitié deux tribus de singes continuant à se battre pour défendre leur territoire alors que la forêt brûlait. La question finale, conclut-il, sera de savoir non si Chine ou USA ont gagné, mais si l’humanité a gagné.

Une analyse aux antipodes exacts du prêche médiatique hexagonal, auquel de plus en plus se raccrochent des politiques en mal de vision. S’ils récusent un auteur qui a le défaut d’être asiatique et informé, peut-être pourraient-ils prêter attention à la préface, signée Hubert Védrine, d’un ouvrage que l’éditeur français a affublé d’un titre ridicule (l’original est Has China Won ?). Le contexte de l’affrontement sino américain, écrit l’ancien ministre des Affaires étrangères, exigerait que l’Europe devienne machiavélienne, décide d’un moratoire sur l’immigration, s’affirme, revigore le lien transatlantique et maintienne avec la Chine des coopérations diverses et variées, afin d’éviter un choix binaire désastreux.


Casting pour un tournage en mai 2021


Le sinogramme de l’année 2020


Nacèra Kaïnou

La Chine au Présent (novembre 2020) – Auteur : LIU YANQING (traductrice indépendante).

Sculpter la biographie avec de l’argile et « modeler » de la poésie

Nacèra Kaïnou (ci-contre devant le buste de Colette), sculptrice et peintre française, est plongée dans la création artistique depuis près de trente ans.

Promue au grade de Chevalier des Arts et des Lettres en 2013, elle voit ses œuvres collectionnées par de nombreux musées et galeries d’art à travers le monde.

Deux de ses sculptures, celles de Charles de Gaulle et de Victor Hugo, ont été offertes à la Chine par les chefs d’État français. Cet honneur lui a permis d’approfondir sa relation avec la Chine, qu’elle avait déjà visité à plusieurs reprises.

C’est quelque chose d’extraordinaire, une reconnaissance et une fierté

Nacèra Kaïnou

Deux bustes de Victor Hugo à l’origine de la relation avec la Chine

Revenons, justement, à l’origine de cette relation. Madame Kaïnou est allée pour la première fois en Chine en 2010, année marquée par un double événement : l’Exposition universelle de Shanghai et le 150anniversaire de l’incendie de l’ancien Palais d’été à Beijing. Deux bustes de Victor Hugo réalisés cette même année par l’artiste ont alors été installés l’un à l’ancien Palais d’été, l’autre à Shanghai.

Un an après que l’armée anglo-française eut incendié en 1860 l’ancien Palais d’été, Victor Hugo a écrit dans la lettre au capitaine Butler :

« Un jour, deux bandits sont entrés dans le Palais d’été. L’un a pillé, l’autre a incendié […] Devant l’histoire, l’un des deux bandits s’appellera la France, l’autre s’appellera l’Angleterre. »

D’après Nacèra Kaïnou, créer un buste de Victor Hugo, ce monument de la littérature qui dénonça le sac de l’ancien Palais d’été au nom de la justice, et participer ainsi à cet émouvant geste d’amitié entre les peuples chinois et français a été « une expérience d’une résonance symbolique exceptionnelle, marquant un tournant inoubliable dans ma carrière ».

En 2010, le buste d’Hugo, sculpté par l’artiste française, a donc été dévoilé du côté Est du site de Dashuifa dans l’ancien Palais d’été. Il a été offert par plusieurs organisations d’amitié sino-française dont la Fédération des Associations franco-chinoises. N. Kaïnou a assisté à la cérémonie de dévoilement de la statue en tant qu’auteure.

En mai de la même année, l’Exposition universelle de Shanghai a ouvert ses portes. Un autre buste de Victor Hugo créé par N. Kaïnou a été exposé dans le pavillon français. Quelques mois plus tard, en décembre, il a été installé à titre définitif sur l’avenue de la Comédie de l’Académie de théâtre de Shanghai, à l’occasion du 65e anniversaire de la fondation de cette université. L’œuvre a été offerte par Besançon, ville natale de Victor Hugo.

En tant qu’artiste, N. Kaïnou a toujours éprouvé un fort intérêt pour la culture orientale et celle de la Chine. Beaucoup de ses sculptures sont créées à partir de figures chinoises, par exemple « Confucius », l’une des œuvres de sa série « Grands personnages ». En façonnant l’image de Confucius, N. Kaïnou espère montrer une sorte de « quintessence de la sagesse constitutive du peuple chinois ».

Un autre portrait, « le petit Afu », a été conçu lors de sa visite à Zunyi dans la province du Guizhou (sud-ouest de la Chine). Durant son séjour, le petit Afu allait régulièrement voir N. Kaïnou dans les ateliers d’artistes situés aux abords du village. « Je me suis beaucoup attachée à lui, je l’ai donc choisi comme modèle », explique-t-elle. C’est justement le visage qu’elle recherchait, celui d’un « enfant du peuple ».

Les sculptures de Nacèra Kaïnou portent principalement sur les têtes humaines ; ses œuvres, très vivantes, tant du point de vue de la forme que de l’esprit, dégagent souvent une grande force. Cette force découle de sa compréhension des modèles, mais elle reflète également les sentiments éprouvés dans le processus de création. Pour l’artiste française, sculpter, c’est comme écrire de la poésie par le modelage et rédiger une biographie avec de l’argile ; selon elle, le portrait ne consiste pas seulement à reproduire le modèle, mais à montrer également le monde intérieur du personnage. « Il ne s’agit pas d’imiter, mais de révéler », insiste N. Kaïnou.

Séjour à Zunyi : découverte de la Chine « rurale »

Aux yeux de Nacèra Kaïnou, ce n’est qu’en posant le pied sur le vaste territoire de la Chine qu’on peut découvrir la beauté de ce pays aux mille couleurs. Selon elle, en plus des grandes villes incontournables comme Beijing et Shanghai, il faut explorer les petites villes, qui possèdent de fortes particularités locales et sont également pleines de charme.

En avril 2016, le Festival international d’art de Zunyi s’est ouvert à Zunyi. Plus de cinquante artistes français se sont installés dans le bourg pittoresque de Tucheng (district de Xishui) vieux de mille ans, où ils ont échangé et créé sur le thème « Zunyi aux yeux des artistes étrangers », pendant quarante jours. N. Kaïnou figurait sur la liste des artistes invités qui, durant plus d’un mois, ont beaucoup voyagé dans plusieurs districts, dont Renhuai, Xishui et Chishui, et ont admiré les paysages magnifiques, écouté les histoires de l’Armée rouge, goûté l’odeur spéciale de l’alcool Xi et visité les habitations de l’ethnie minoritaire miao…

À l’issue de cette immersion, près de 300 peintures et sculptures ont été créées, parmi lesquelles sept œuvres de N.  Kaïnou.

 Durant son séjour, Nacèra Kaïnou a été profondément touchée par la gentillesse des habitants. L’échantillon de sol fourni par l’organisateur du festival était trop fragile pour ses créations, mais les villageois sont venus à son secours : ils l’ont emmenée au village de Taoguan (littéralement « pot d’argile ») à vingt kilomètres de Tucheng et sont montés dans la montagne pour chercher une sorte d’argile propre à cet endroit, susceptible de satisfaire à ses exigences.

Jugeant cette argile convenable, l’artiste l’a utilisée pour créer plusieurs portraits ayant pour modèle des habitants locaux, mais un autre problème est apparu lors de la cuisson des œuvres : le seul four électrique local pouvant cuire des sculptures n’avait jamais accueilli ce type d’argile. Dès lors, Nacèra Kaïnou est revenue au village de Taoguan, car celui-ci abrite un four à poterie en terre… mais abandonné depuis près de vingt ans ! Avec l’aide cent pots d’argile semi-finis en moins de deux jours, qui ont été placés devant les œuvres à cuire, pour s’assurer que la température élevée de cuisson n’endommage pas ces dernières.

 Tout le village est venu assister au rallumage du four, près de vingt ans après son abandon. Pour Nacéra Kaïnou, avoir pu cuire ses œuvres dans un four traditionnel chinois fut sans aucun doute une expérience mémorable. Mais elle conserve bien d’autres souvenirs de son impressionnant séjour : « Les paysages sont absolument somptueux. La population locale tout en sourires et en générosité… tout était parfait… les mots me manquent… »

Visite à Xi’an : s’imprégner de la Chine « artistique »

 En tant que sculptrice utilisant l’argile comme matériau de création de base, Nacèra Kaïnou aspirait depuis longtemps à visiter l’armée en terre cuite de l’empereur Shihuangdi des Qin datant d’il y a plus de 2 000 ans.

 À l’occasion du Forum international de l’éducation artistique de la Route de la soie et de l’Exposition internationale de peinture à l’huile qui a eu lieu en décembre 2019 à Xi’an, N. Kaïnou est retournée en Chine et a réalisé son rêve : visiter ce grandiose site du patrimoine mondial. « J’ai été extrêmement émue de fouler le même sol que ces sculpteurs en 210 av. J.-C. », avoue-t-elle.

Durant ce forum, Nacèra Kaïnou a prononcé un discours intitulé « La fusion et l’innovation dans l’art de la Grande Beauté », dans lequel elle a notamment parlé de sa compréhension de l’art chinois : « La peinture chinoise n’est pas une simple représentation visuelle de ce que l’artiste voit ou imagine, il s’agit plutôt de l’expression d’un mode de pensée, mettant en avant l’harmonie entre l’homme et l’univers, et le dynamisme de cette relation. »

Nacèra Kaïnou apprécie beaucoup les œuvres des artistes chinois contemporains, tout en saluant leur intense créativité. Ses voyages en Chine lui ont permis de faire la connaissance de nombreux artistes chinois et de se lier d’amitié avec certains d’entre eux. Pour elle, les échanges et l’amitié font partie des trésors les plus précieux ramenés de ses aventures.

« La Chine est un merveilleux terreau d’inspiration », déclare N. Kaïnou. Aux yeux de l’artiste française, la Chine est un immense pays aux somptueux paysages. Elle dit éprouver le besoin constant de découvrir le monde inconnu et de comprendre ce qui existe au-delà du visible, afin de créer des figures humaines plus réelles et touchantes et de transmettre aux spectateurs la sincérité et la force au cœur de celles-ci.

À l’avenir, Nacèra Kaïnou espère avoir l’opportunité de revenir en Chine et de parcourir la « mythique Route de la soie » : « J’aime les lieux chargés d’histoire, les paysages et les gens qui les habitent », confie-t-elle.

Ressources

Pour comprendre les liens existants entre Nacèra Kainou, la Fédération des associations franco-chinoises et l’Association Franc-Comtoise des Amitiés franco-chinoises (présentation chronologique des actions réalisées).

Le buste de Victor Hugo à Shanghai (24 mai 2010)

Le buste de Victor Hugo du Yuanmingyuan de Pékin (16 octobre 2010) : Le Yuanmingyuan de Beijing, l’ancien Palais d’été détruit par l’expédition Britannique et Française, ce qui a entrainé la protestation historique de Victor Hugo.

Le cadeau d’État de la France à la Chine (27 mars 2014)

Incroyable : De Gaulle enfin en visite en Chine (La Chine au présent – 28 août 2014)

« La Chine au Présent » est une revue multilingue, déclinée en français, en mandarin, en anglais (China Today), en espagnol (China Hoy), en arabe et en allemand (China Heute). Les versions turque, égyptienne et latino-américaine sont publiées respectivement en Turquie, en Égypte, au Pérou et au Mexique.


Recrutement d’un V.I.E. à Shanghai (novembre 2020)


La Chine à travers les livres : octobre 2020

 

Auraient tort ceux qui négligeraient cet ouvrage pensant qu’il s’agit simplement d’une énième expression de détestation à l’endroit des deux chefs d’Etat – incontournables de l’écosystème médiatique et éditorial, qui a l’avantage de donner bonne conscience et s’avère moins compliqué que de rechercher les causes dont les deux hommes sont les symptômes. D’abord parce que Christian Saint-Etienne, titulaire de la chaire d’économie industrielle au Conservatoire national des arts & métiers, est un économiste plus que reconnu, parce que sa vindicte, ensuite, s’accompagne d’analyses fouillées et enfin parce qu’il développe des propositions à même d’éviter que, face aux deux géants, l’Europe ne sorte de l’histoire.

 

Que l’on se rassure, notre auteur exècre bien un Président des Etats-Unis qui défait la puissance normative et les alliances séculaires de son pays. Et tout autant son homologue chinois qui durcit la mainmise du Parti communiste sur la population, tout en initiant des aventures extérieures dangereuses, en contradiction avec les enseignements de Deng Xiaoping. National capitalisme vintage à Washington, alliance du capitalisme absolu et de la pratique totalitaire à Beijing, Trump et Xi, ennemis à long terme des intérêts de leur propre nation, se trompent absolument, et l’affrontement du duopole contrôlant l’essentiel du pouvoir économique et stratégique mondial risque de conduire le monde à l’abîme. 

La puissance américaine a certes de beaux restes : les quatre grands cabinets mondiaux d’audit financier ( Deloitte, KPMG, EY et PwC ), dont les informations alimentent les ordinateurs des centrales de renseignement des Etats-Unis, sont anglo-saxons, les GAFAM ( Google, Amazon, Facebook, Apple, Microsoft ) façonnent les perceptions politiques et culturelles hors de Chine. Mais Donald Trump, dont le référentiel économique est celui des années 1960 et de la seconde révolution industrielle, détruit tout, affirme C. Saint-Etienne : le leadership stratégique de l’Amérique sur la planète, les normes comptables, juridiques et numériques qu’elle a imposées, le  multilatéralisme… Xi, « l’anti-Deng », ayant sans contrepartie bénéficié de l’entrée de la Chine à l’OMC, veut lui l’intégration totale de l’Internet, du big data et de l’intelligence artificielle avec l’économie réelle pour placer son pays au sommet de la chaîne de valeur ajoutée mondiale. BATHX ( Baidu, Alibaba, Tencent, Huawei, Xiaomi ), Belt & Road Initiative, mer de Chine méridionale : il entend façonner un ordre international alternatif. Trump est sous l’œil de la Loi, la loi est sous l’œil de Xi…

Mais les deux pays s’imposent dans ce que Christian Saint-Etienne nomme la révolution iconomique. Après vapeur et électricité, une troisième révolution industrielle nous fait entrer dans cette iconomie[1] entrepreneuriale reposant sur la science et la technologie informatique, dont la puissance dépend des microprocesseurs et de son système d’exploitation. Nanotechnologies, biotechnologies, infocom, technologies cognitives, optronique, informatique quantique : l’iconomie recouvre ainsi l’ensemble des transformations et applications résultant de cette révolution informatique, une mutation scientifique et technologique, capitalistique et entrepreneuriale, organisationnelle et comportementale, globale et totale… et une intelligence artificielle qui bouleverse le monde, pour le meilleur et le pire. GAFAM contre BATHX : fin de la globalisation numérique ; les titans américain et chinois s’affrontent pour le contrôle du prochain milliard d’habitants connectés à pouvoir d’achat significatif…

[1] Néologisme créé en 2006 par l’économiste brésilien Gilson Schwartz pour désigner « l’économie des icônes, de l’information et des connaissances »

Les responsables politiques et médiatiques d’une Union européenne – 21% du PIB mondial – mais collectif de nains impuissants, divisés, naïfs, qui analysent tout en termes de concurrence et non de puissance et d’indépendance – ne s’intéressent pas et ne comprennent rien à la nouvelle révolution industrielle pas plus qu’à l’iconomie et tolèrent l’extra-territorialité américaine. Tout occupée à son mépris des nations comme des classes moyennes et populaires, la bureaucratie de l’UE, politiquement irresponsable, sans racines, réglemente, dépourvue de vision stratégique ou volonté d’affirmer ses intérêts, plongée dans un grand sommeil qui fait de la zone euro une colonie numérique américaine pour la gestion des données et un terrain d’affrontement  sino-américain pour l’intelligence artificielle et la 5G. Sortir de cette mortifère condition suppose non un ensemble fédéral mais un noyau dur de nations volontaires conduisant une politique de puissance industrielle et militaire : huit pays (Allemagne, Autriche, Benelux, France, Italie, Portugal) représentant 307 millions d’habitants, 90% du PIB chinois et 60% du PIB américain. Sans renoncer aux intérêts et romans nationaux, ce noyau serait une alternative démocratique et régulée à la domination des Etats-Unis et de la Chine, à même de transformer leur instable duopole, qui instrumentalise tous les autres conflits de la planète.

Aux commandes de l’iconomie entrepreneuriale, les deux pays sont en effet sur des trajectoires qui les conduisent à la collision. Seuls les Européens ignorent que la Chine sera en 2025 la première puissance économique et technologique de ce monde de l’iconomie, qu’elle veut nouvel Etat de droit mondial fondé sur des systèmes scientifiques, techniques, financiers et juridiques indépendants de l’ordre international bâti par les Etats-Unis après la Seconde guerre mondiale.

Si ne se met en place ce qu’il nomme ce noyau carolien – au cœur de l’empire de Charlemagne – les années 2022-2023 risquent, selon C. Saint-Etienne, de voir se déclencher la troisième guerre mondiale, combat frontal pour le leadership mondial. « L’Europe-autruche » est prévenue.